Blue-eyed soul & AOR sounds

mixtape / Bob Stereo

1975-2017

Une musique alliant rock et soul et qui connut son age d’or du milieu des années 70
au début des années 80.
Une sélection concoctée par Bob Stereo et mixée par DJ Tony Swarez.

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1. Larsen-Feiten Band She’s Not In Love (1980)
2. Donald Fagen I’m Not The Same Without You (2012)
3. Erik Tagg The Love I Gave (1977)
4. David Gates Can I Call You (1980)
5. Dick St. Nicklaus Can’t Say Love (1980)
6. Rupert Holmes Partners In Crime (1979)
7. Ned Doheny Think Like A Lover (1979)
8. Spats Hot Summer Madness (1978)
9. Young Gun Silver Fox Lolita (2017)
10. Kieran White Open Up Your Door (1975)
11. James Walsh Gypsy Band Lie To Me (1979)
12. The Doobie Brothers You Never Change (1978)
13. Babadu Words To A Song (1979)
14. John Valenti That’s The Way Life Goes (1978)

Myriam Makeba et Stokely Carmichael

Une double dédicace, un label mythique, une date. Ou comment raconter une page d’histoire à partir d’un 45 tours.

En ce mois de juin 1968, la résidence de l’ambassadeur tanzanien à New York devient, le temps d’une journée, l’épicentre du panafricanisme et du Black Power réunis. On y célèbre les noces de la diva sud-africaine Myriam Makeba et du responsable politique Stokely Carmichael, inventeur du slogan Black Power

La radicalisation d’une partie des militants des droits civiques remonte au début des années 60 avec notamment Malcolm X, mais prend une autre dimension en 1966 avec la création du Black Panther Party, et la tentative d’assassinat sur James Meredith. Ce dernier avait entrepris une Marche contre la peur dans le Vieux Sud ; marche interrompue par les tirs d’un sniper. L’action sera continuée par le SNCC (Student Non-violent Coordinating Committe), dont Carmichael est un des dirigeants. Le 18 juin, à Greenwood, Mississipi, il prononce la formule qui restera dans l’histoire : « pendant des années, nous avons crié "Liberté", aujourd’hui, nous disons "Black Power" »
Bien plus qu’un slogan, le Black Power deviendra une théorie, basée sur le concept développé par Carmichael de racisme institutionnel.

Stokely Carmichael adopte alors l’idéologie du séparatisme (entre Noirs et Blancs) au détriment de l’intégrationnisme de Martin Luther King, adhère en 1967 au Black Panther Party, en devient le Premier Ministre, rencontre des dirigeants anti-impérialistes à Cuba, au Nord Vietnam et en Guinée. Dès son retour aux Etats Unis, la CIA lui retire son passeport. Son activisme et ses déclarations en faveur de la guérilla révolutionnaire en font également une cible privilégiée du FBI et de son directeur, J.Edgar Hoover, pour qui les Black Panthers sont un des principaux dangers pour les USA.

Myriam Makeba, elle, est une icône de la lutte contre le racisme, exilée hors d’Afrique du Sud pour sa participation au film anti-apartheid Come Back Africa. Aux Etats-Unis, avec son second mari Harry Belafonte, elle poursuit ce militantisme, auquel s’ajoute tout naturellement le combat anti-ségrégationniste sur le sol étatsunien. Son discours de 1963 dénonçant l’apartheid devant l’assemblée des Nations Unies est la première dénonciation de cette ampleur du régime raciste de Pretoria.

Son mariage va marquer un coup d’arrêt pour la carrière de la chanteuse : sa maison de disques RCA rompt son contrat, les dates de concerts sont annulées les unes après les autres, et de nombreuses radios déprogramment ses disques. Après un concert au Coconut Grove de Hollywood en avril 1968, elle se rend en Jamaïque, où l’ambassade des États-Unis lui apprend que son visa n’est pas reconduit. Quelques mois plus tard, les époux vont alors s’installer en Guinée, accueillis par le président Ahmed Sékou Touré. Un choix tout naturel : en 1959, la Guinée avait déjà offert l’asile politique à Myriam Makeba, privée de passeport par le régime d apartheid de Pretoria. L’année suivante, c’est depuis Conakry que la chanteuse organise sa tournée des capitales des pays africains fraîchement indépendants. Sékou Touré est un des fers de lance du panafricanisme sur le continent, Stokely Carmichael choisira d’ailleurs son nouveau nom Kwame Touré pour lui rendre hommage, ainsi qu’au président déchu du Ghana Kwame Nkrumah, réfugié en Guinée depuis sa destitution en 1965.

Le socialisme autoritaire et étatiste de Sékou Touré se décline aussi sur le plan des productions culturelles : comme pour le cinéma et l’édition photographique, la Guinée se dote d’un label musical monopolistique d’État : Syliphone. Myriam Makeba publiera ses enregistrements sur ce label jusqu’à son départ de Guinée en 1984, à la suite du décès de Sékou Touré rapidement suivi d’un coup d’État.

Westwind Unification, dédicacé par les époux Makeba-Carmichael, est un hymne poétique au panafricanisme. Quant au destinataire de la dédicace, le mystère reste entier…

Pour aller plus loin :

Discographie complète du label Silyphone

Les photos du mariage, Ebony 1968

Itw Myriam Makeba au sujet des conséquences de son mariage avec Carmichael

Africa Unite, une histoire du panafricanisme par Amzat BOUKARI-YABARA. La Découverte, Paris 2014.

La villa de Myriam Makeba en Guinée, reportage de la BBC de 2016

Quelques mots de Myriam Makeba à propos de son mariage avec Stokely Carmichael

Texte de L’Espadrille

Phocéephone

Autour d'AXIOM DUB

« Axiom Dub : Mysteries of Creation ». Sans arriver au statut de référence absolue dans le genre, cette double compilation n’en est pas moins très représentative de ce qui s’est fait de mieux dans ce domaine à la fin du XXème siècle. Titre par titre, artiste par artiste, on vous présente le tout en agrémentant nos commentaires de quelques références d’albums destinés à satisfaire ceux qui voudraient en entendre un peu plus.

NINJ / BILL LASWELL Maroon Rebellion

Ninj est un DJ de Birmingham qui a le prestige d’être le principal collaborateur de Laswell dans les projets drum & bass de celui-ci. Ses rythmiques sont très fouillées et ne laisse pas ou peu de place au silence, comme le démontre ce titre par ailleurs riche en effets de dub reggae (rythmiques de claviers, lignes de basse). Outre son travail sur l’album Oscillations de Laswell, Ninj a été sollicité par Buckethead et Derek Bailey, deux guitaristes totalement allumés, pour assurer les beats sur leur dernier album respectif. De l’expérimentation très très violente !

Bill Laswell « Oscillations » (Sub Meta)
Buckethead « The Day Of The Robot » (Sub Meta)

SLY & ROBBIE Return To The Bass And Trouble

Sly & Robbie, c’est LA section rythmique du reggae. Leur carrière, elle se confond avec l’histoire de la musique jamaïcaine des années 70 à nos jours. Membres privilégiés de The Revolutionnaries et des Aggravators (sous la direction de King Tubby), ils ont été les acteurs de l’émergence du dub en Jamaïque avant de créer leur propre label, Taxi Production. Leur rencontre avec Bill Laswell dans les années 80 sera décisive pour le duo, qui gardera désormais toujours un pied dans le domaine du dub expérimental. La preuve en est ce Return To The Bass And Trouble, un titre où la basse monstrueuse de Robbie Shakespeare se pose sur un beat techno minimal. Le tout est noyé sous des effets de mixage et des nappes atmosphériques concoctées par le collègue Bill.

Sly & Robbie « A Dub Experience » (Island)
Sly & Robbie « Present : Hail Up The Taxi » (Island Jamaïca)

SUB DUV Revolution

Sub Dub, c’est le groupe de Raz Mesinai, alias Badawi, alias The Bedouin, un israëlite originaire de Jerusalem et initié à l’art des percussions par quelques uns des maîtres locaux. Recyclé en DJ, Badawi produit avec inspiration une musique où des percus, agrémentées des lignes de guitare métalliques de Tony Buzzeo et de la basse de John Ward, sont à l’origine d’une des plus intéressantes expériences dub de la décennie. Un dub qui tient autant du climat urbain de la Grosse Pomme que des étendues désertiques arabes. A écouter absolument.

Sub Dub « S/T » (Instinct Ambient)
Badawi « The Bedouin Sound Clash » (ROIR)

THE ORB Cocksville U.S.A.

Qu’on la qualifie d’ambient-techno ou d’electro-dub, la musique de The Orb n’a pas de pareille... Des plages riches en sonorités modernes qui s’étirent le plus souvent sur plus de dix minutes et qui ne pourront manquer de vous transporter dans des contrées où l’electronique prédomine mais d’où le dub n’est jamais absent. Avec sa rythmique dérivée high-tech, Cocksville U.S.A. est très représentatif de l’art si particulier de The Orb. Dans une veine plus ambient, rappelons que le groupe avait déjà participé à la conception du Axiom Ambient il y trois ans.

The Orb « Adventures beyond the ultraworld » (Big Life)
The Orb « Orbus Terrarum » (Island)

WE Illbient

C’est sous le mystérieux patronyme de We qu’officient Loop, Once 11 et DJ Olive, trois des membres de l’écurie du label Wordsound, une équipe d’excellents DJs basée à Brooklyn (qui est aussi le fief de Bill Laswell, faut-il le rappeler ?). Comme Raz Mesinai ou DJ Spooky, le trio semble toujours partant pour les expérimentations les plus graves. En général, ça tourne autour d’un axe dub et ça va vers l’abstract hip-hop, comme c’est le cas dans Illbient. Il est d’ailleurs étonnant de constater à quel point leur musique peut être éloignée de celle de leurs collègues britanniques. Totalement immergé dans son milieu, WE crée un dub qui a la noirceur inquiétante des ruelles de Crooklyn une nuit sans lune.

Luminal (feat. Loop & DJ Olive) « Nosferatu » (Knitting Factory Works)
Various Artists « Incursions In Illbient » (Asphodel)

MATERIAL Ghost light / Dread Recall

Material est LE groupe de Bill Laswell, un groupe à géométrie variable avec lequel il a réalisé certains des projets qui lui tenaient le plus à coeur. Le morceau retenu ici fait se confronter tradition et modernisme dans un dub pur et dur, sans faute de goût. Dans le domaine, Laswell s’est depuis longtemps révélé être un véritable maître, dans la lignée des grands du dub jamaïcain. Derrière ces rythmes puissants, derrière ces monstrueuses lignes de basse, on sent en permanence sa présence à la table de mixage, intervenant toujours au bon moment et utilisant avec une habileté peu commune effets d’écho et divers claviers.

Material « The Third Power » (Axiom)
Material « Hallucination Engine » (Axiom)

WORDSOUND I-POWA Dungeon Of Dub

Très bon titre orchestré par The I, un autre illustre membre de l’écurie Wordsound (le grand patron ??). Rythmes martelés, basse profonde et envahissante, le minimalisme de ce morceau est assez représentatif du dub terrifique du Wordsound I-Powa. Son premier album, sorti il y a quelques mois sur le label new-yorkais ROIR, rassemble, toujours sous le contrôle de L’Oeil, beaucoup des artistes de chez Wordsound. Recommandable.

Wordsound I-Powa « Live From The Planet Crooklyn » (ROIR)

MAD PROFESSOR Ariwa Dub Club

Producteur de plus d’une centaine d’albums sur son label Ariwa, Mad Professor est, aux coté d’Adrian Sherwood et de Jah Shaka, l’un des principaux représentants du dub en Angleterre. Un dub aux influences jamaïcaines où les machines se marient à des éléments 100% roots. La recette fonctionne presque à tous les coups et c’est ce qui à valu à notre Professeur Fou de bosser avec des pointures comme Lee « Scratch » Perry, Johnny Clarke, U Roy, Yabby You ou encore Massive Attack. Mais ses disques les plus célèbres restent sans doute les douze volumes de la série Dub Me Crazy enregistrés dans les années 80. Aujourd’hui, le dub de Mad Professor fait référence dans le domaine.

Mad Professor « Black Liberation Dub. Chapter III »
Massive Attack v. Mad Professor « No Protection » (Circa Records)

AUTOMATON Beta One / Assyrian Dub

Autre projet de Bill Laswell, Automaton est un groupe qui se consacre exclusivement à des expérimentations dub. Dub reggae ou dub hip-hop, mais toujours dub. Après deux albums publiés sur le label Strata, le groupe a aussi enregistré un troisième avec la participation de Mad Professor, Scorn et Techno Animal. Dans Beta One / Assyrian Dub, on assiste à un dialogue entre deux bassistes, un guitariste, un batteur et un percussionniste... et cela dure plus de dix minutes ! Typique du dub de Laswell.

Automaton « Dub Terror Exhaust » (Strata)
Automaton « Jihad Points Of Order » (Strata)

DUB SYNDICATE Gun Too Hot

Le producteur Adrian Sherwood est sans doute le représentant le plus important du dub britannique actuel. Dans toutes les productions de son label ON-U, il nous montre comment, tout en se référant aux expériences passées des King Tubby et autres Lee Perry, on peut faire évoluer le dub dans des sphères musicales parallèles comme la techno, le funk ou le hip-hop. Pour preuve les albums de Gary Clail, Mark Stewart, Tackhead, Strange Parcels, Little Axe ou encore African Head Charge ... autant d’œuvres pour lesquelles Sherwood a toujours maintenu très haute la barre de la qualité.
Co-dirigé par le batteur Style Scott, le Dub Syndicate se consacre à un dub reggae moderniste et expérimental depuis bientôt vingt ans. Il a collaboré, entre autres, avec Prince Far I, Bim Sherman, I Roy, Mickael Franti et Lee « Scratch » Perry. Absolument incontournable.

Dub Syndicate « Ital Breakfast » (On-U Sound)
Dub Syndicate « Research And Development » (On-U Sound)

JAH WOBBLE Nev 12

Ancien bassiste de P.I.L., groupe post-funk dirigé par l’ex-Sex Pistol John Lyndon, Jah Wobble crée sa propre formation, les Invaders Of The Heart, dans la deuxième moitié des années 80. Sa musique s’orientera désormais vers un dub ethnique pas toujours très flamboyant à l’arrivée. Sa rencontre avec Bill Laswell va marquer le début d’une collaboration sporadique mais fructueuse, en tous les cas très marquante pour Jah Wobble. Un bon exemple en est ce Nev. 12 pour lequel Wobble s’est adjoint les services du percussionniste Neville Murray et du batteur Kaki Liebezeit (ancien membre de Can). Un très bon dub et un bon exemple des possibilités du bassiste. Rappelons que Laswell est aussi l’heureux producteur de deux titres de son album Heaven & Earth.

Jah Wobble « Heaven & Earth » (Island)

TECHNO ANIMAL Cyborg Dread

Kevin Martin et Justin Broadrick, les deux barjos de Techno Animal, ont pour ambition de créer une musique totalement nouvelle, "une musique sans précédent" comme ils le disent eux-même. A l’écoute de leur album Re-Entry, on constate qu’ils sont sur la bonne voie pour parvenir à leurs fins. Leur musique transcende plus qu’elle ne fusionne dub, hip-hop et techno tout en respectant une certaine unité. Un dub de fin du monde tempéré par des moments d’ambient métallique, des rythmiques plus tordues les unes que les autres et sortant on ne sait d’où, l’écoute des hautes œuvres de Techno Animal ne peut laisser indifférent, et l’échantillon retenu ici vous donnera sûrement l’envie d’en écouter plus.

Techno Animal « Re-Entry » (Virgin)

NEW KINGDOM Black Falcon Dub

New Kingdom est un de ces groupes complètement bâtards comme seul le sait encore en faire naître la métropole new-yorkaise. Leur musique est indéfinissable, croisement improbable de celles de Public Enemy et du Rollins Band, entre hip-hop gore et trash indus, le tout légèrement parfumé au jazz avant-gardiste local. Débarrassées des vocaux écorchés de Jason Furlow, leurs expérimentations s’apparentes à celles de Laswell, orientées vers un dub hip-hop crépusculaire. Pour preuve, le titre sélectionné ici, ainsi que celui apparaissant sur l’album Altered Beats.

New Kingdom « Heavy Load » (Gee Street)
New Kingdom « Paradise Don’t Come Cheap » (Gee Street)

SCARAB Fall Of The Towers Of Convention

Comme c’est le cas pour Raz Mesinai (le maître à penser du groupe Sub Dub), le dub de Scarab prend racine quelque part au moyen orient. L’ambiance est colorée et riche en sonorités de toutes sortes, et tout cela n’est soutenu que par quelques vagues tapis de percussions produits en arrière plan et des lignes de basse vrombissantes. Peut-être bien l’aspect le plus dépaysant des expérimentations du label Wordsound.

Scarab « Scarab » (Wordsound)

DJ SPOOKY Anansi Abstract

Il est actuellement la personnalité la plus célèbre, ou en tout cas la plus en vue de la nouvelle scène des DJs new-yorkais. Partageant son temps entre l’écriture, l’image et la musique, DJ Spooky sait précisément où il met les pieds. « Un DJ réincorpore tous les objets et les sons qu’il trouve autour de lui et crée un mix qui reflète ses goûts ses désirs » déclarait-il dans une interview au magazine Vibration. Son deuxième album Songs Of A Dead Dreamer est à ce sujet exemplaire. Spooky y fait montre d’une solide science du mixage et gère habituellement tout un assortiment d’éléments disparates : boucles, samples de toutes sortes et rythmes hip-hop se côtoient, se complètent l’un l’autre pour créer un univers sombre et complexe.

DJ Spooky « Necropolis : The dialogic project » (Knitting Factory Works)
DJ Spooky « Songs Of A Dead Dreamer » (Asphodel)

Grandmaster DJ X